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Créateurs de différence #6 : Zero Waste Belgium

Saviez-vous qu’en Belgique, on produit entre 410 et 520 kg de déchets par habitant et par an ? Même si la tendance est à la baisse, les efforts pour la réduction des déchets et notamment du plastique restent nombreux. C’est ce qui a conduit à la création de l’ASBL Zero Waste Belgium en 2016. Rencontre avec Alicia Pereira Pimentel.

Pouvez-vous me présenter votre association ? Quelles sont vos activités ?

Zéro Waste Belgium a été créée par un groupe de citoyennes désireuses de modifier les comportements en matière de gestion des déchets en Belgique. Au fil du temps, nos activités se sont multipliées. Nous travaillons avec une cinquantaine de bénévoles, dont 20 sont particulièrement actifs lors de nos événements. Depuis mars 2018, il y a également trois employés à mi-temps, dont je fais partie.

Quelles sont vos ambitions ?

Cette année, avec trois autres associations, nous aidons la Région de Bruxelles-Capitale à réduire ses déchets. Nous intervenons en tant que « Facilitateur Zéro Déchet » pour Bruxelles-Environnement. Nous créons des événements autour du mouvement : un rallye zéro déchet qui s’est tenu dans 9 communes début mai et la création d’une maison zéro déchet présentant les alternatives zéro déchet aux produits de consommation courante. Enfin, nous participons à la Semaine européenne de réduction des déchets qui se tiendra en novembre. Bref, en 2018, nous étendons nos activités avec l’ambition d’atteindre un public plus large, afin de partager nos connaissances.

Créateurs de différénce - Zéro Déchêt - compost

Dans le monde, c’est la blogueuse Béa Johnson qui, en 2013, a popularisé le mode de vie Zéro Déchet. À quel moment cette tendance est-elle apparue en Belgique ?

Il n’y a pas vraiment de date précise. En ce qui me concerne, je n’ai découvert l’existence de Béa Johnson que deux ans après la sortie de son livre… Pourtant, j’adoptais sans le savoir nombre de ses préceptes. Aujourd’hui, lorsque l’on parle de Zéro Déchet, plus personne n’ignore de quoi il s’agit. Le concept est devenu à la mode. Évidemment, nous restons conscients de notre côté marginal. De l’extérieur, nous sommes un peu considérés comme des excentriques.

Quelle est l’importance du mouvement Zéro Déchet aujourd’hui ? Est-il suffisamment visible dans notre pays ?

En tout cas, les initiatives se multiplient. En Wallonie, beaucoup de communes ont été élues commune Zéro Déchet. Dans chacune d’entre elles, l’objectif est de descendre sous la barre des 100 kilos de déchets ménagers et assimilés par an et par habitant. De notre côté, depuis 2017, nous constatons une augmentation de prises de contact et de demandes de la part d’entreprises, de communes ou de particuliers. Nous sommes sollicités pour l’organisation d’ateliers. De plus, notre communauté Facebook a triplé en un an, avec 6700 followers aujourd’hui. Il y a beaucoup de conversations, les gens s’échangent des trucs et astuces.

Créateurs de différénce - Zéro Déchêt 3

Vous travaillez à la sensibilisation du public… Avez-vous aussi une activité d’influence sur les pouvoirs publics ?

Pour l’instant, nous organisons des événements dédiés au Zéro Déchet pour la Région de Bruxelles-Capitale. Nous les aidons, avec d’autres associations, à structurer la communication, avec la création d’un site web, d’une page Facebook, de brochures, etc. Au niveau politique, nous ne menons pas d’actions de lobbying. En aidant les citoyens, il est vrai que nous avons aussi l’ambition d’influencer les pouvoirs publics. Nous aimerions que notre avis et nos connaissances pèsent davantage sur la législation, mais cela prendra encore un peu de temps.

Quels sont les freins au Zéro Déchet aujourd’hui ?

Les habitudes ! Nous sommes ancrés dans nos habitudes et personne n’aime en changer. À Bruxelles, le système de tri est bien développé. J’ai visité le centre de tri de Bruxelles. Je me suis rendu compte que même moi je mettais dans la poubelle bleue des déchets qui ne lui étaient pas destinés. Il y a un manque d’information. Pourtant, tout est indiqué sur le sac et tout est disponible en ligne. Mais ce n’est pas le genre d’information que les gens vont chercher. Les déchets, on les dépose à l’extérieur de la maison, quelqu’un vient les ramasser et ils disparaissent un peu miraculeusement.

Créateurs de différénce - Zéro Déchêt

Que répondez-vous à une famille qui estime que la transition vers le Zéro Déchet est trop compliquée aujourd’hui car l’offre n’est pas adaptée, voire inexistante ?

Le Zéro Déchet, c’est un processus, qui prend du temps. Il est différent pour tout le monde. Souvent, on voit des exemples qui mettent la barre très haut, comme Béa Johnson qui a poussé le minimalisme à l’extrême. En Belgique, je recommande plutôt de prendre l’exemple de Sylvie Droulans, du blog Zéro Carabistouille. Mère de famille, elle démontre qu’il ne faut pas chercher la perfection à tout prix. Et surtout pas dès le début. Il faut y aller graduellement.

Quelles sont les actions les plus simples à mener pour adopter le Zéro Déchet chez soi ?

Souvent, on ne sait pas par où commencer. On se dit « je vais d’abord finir de lire le bouquin de Béa Johnson ». Et on ne le termine jamais… Pour vous lancer, réfléchissez à ce qui vous anime le plus ou vous frustre le plus. Si vous pensez que vous avez trop de cosmétiques dans votre salle de bain, transformez cet énervement en quelque chose de positif. En plus, il ne faut pas hésiter à rejoindre des groupes locaux, dans votre commune ou sur Facebook. Chez Zero Waste Belgium, nous organisons régulièrement des interventions. Cela permet de s’essayer et surtout de rencontrer d’autres personnes possédant la même vision des choses.

Quelles sont les premières habitudes que vous avez changées personnellement ?

Ce qui me plaisait le plus, c’est la cuisine. Je me suis rendu compte que j’achetais plein de fruits et de légumes et que je ne les conservais pas bien. J’oubliais ma salade qui périssait dans le fond du frigo. Je ne vérifiais pas ce dont j’avais vraiment besoin avant de faire mes courses. Tout d’abord, j’ai commencé à acheter moins. À mieux ranger les aliments dans le réfrigérateur. À mettre les restes dans des boîtes transparentes. Aujourd’hui, j’ai décidé aussi de faire pousser mes légumes, même si je vis en appartement.

Créateurs de différénce - Zéro Déchêt 2

Pourquoi peut-on rapprocher le mouvement minimaliste de celui du Zéro Déchet ?

Le minimalisme et le Zéro Déchet sont deux mouvements très liés : l’idée c’est d’acheter moins, tout en achetant mieux. De ne prendre et de n’utiliser que ce dont on a vraiment besoin. On réduit ce que l’on a, de sorte à moins gaspiller. C’est un retour à l’essentiel. Il faut se rendre compte aussi de l’argent que cela permet d’économiser. Si vous jetez une salade, c’est comme si vous jetiez un euro à la poubelle. Personnellement, je préfère utiliser cet argent à aller boire une bière avec mes copines !

En conclusion : quel est votre conseil ultime en matière de durabilité ?

Composter ! Cela permet de comprendre comment le système fonctionne, comment les matières organiques disparaissent. C’est un cercle parfait. J’achète des aliments, si je dois ôter les fanes ou quelques feuilles brunes, je ne les jette plus, je les mets au compost. Je les amène dimanche au compost collectif, ce qui me permet aussi de rencontrer du monde. De participer à la vie de mon quartier. Et de récupérer du compost que je pourrai utiliser pour les plantations de mon balcon.

On pense beaucoup que le Zéro Déchet s’attaque essentiellement au plastique. Mais c’est réducteur. Certes, il faut limiter les aliments emballés mais lorsque ces aliments passent le seuil de notre porte, comment les conserver au mieux ou les transformer pour en tirer le maximum ? Une meilleure gestion des courses et la valorisation de la matière organique à travers le compost sont deux aspects que nous privilégions aussi énormément.

Créateurs de différénce - Zéro Déchêt

Plus d’infos : www.zerowastebelgium.org/fr

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