Créateurs de différence #32 : Frank Leemans

Située sur l’emplacement d’un ancien camping, la maison de Frank Leemans est aujourd’hui l’une des curiosités de la commune de Bonheiden, en province d’Anvers. Une maison que Frank et sa compagne Eveline ont construite de leurs propres mains à l’aide de matériaux de récupération. À force de créativité et de persévérance, les propriétaires ont fait de cette demeure un lieu possédant une véritable âme. Notre curiosité piquée au vif, nous avons souhaité en savoir davantage. Une histoire inspirante qui devrait inciter chacun d’entre nous à (ré)utiliser les matériaux de manière écoresponsable.

Votre histoire commence en 2006 par l’achat d’un terrain à Bonheiden. Racontez-nous.

Frank : « Autrefois, la Korte Veldstraat à Bonheiden était une rue réservée au camping. Dans les années nonante, la rue a fait l’objet d’un lotissement et, en 2006, j’ai acheté la dernière parcelle disponible. En réalité, il ne s’agissait pas d’un véritable terrain à bâtir car côté rue se trouvait encore l’ancienne conciergerie, avec ses dépendances. Plus loin dans la rue, on trouvait encore quelques locaux évoquant le passé. Cela mis à part, plus rien ne permettait d’imaginer que la rue avait un jour été un camping. Notre but était de construire une nouvelle habitation. Par conséquent, l’ancienne conciergerie avait vocation à disparaître. J’ai cependant gardé un vestige du passé, à savoir la plaque indiquant l’entrée du camping (rires). »

Frank Leemans Bonheiden

D’où vous est venue l’idée de construire une maison à l’aide de matériaux de récupération ?

Frank : « Disons-le franchement : nos finances n’étaient pas au beau fixe et je n’avais pas l’intention de consacrer ma vie à rembourser une hypothèque au-dessus de mes moyens. Les matériaux de récupération sont, par définition, moins chers et d’aussi bonne qualité que les matériaux neufs. Et, avec une bonne dose d’imagination et de créativité, vous pouvez obtenir un excellent résultat. C’était en plus le bon moment : je venais de divorcer et je n’étais pas pressé par le temps. Ce dernier point est important car construire une maison à l’aide de matériaux de récupération demande du temps. Beaucoup de temps ! »

Vous avez commencé par construire une cabane de jardin. Pour quelle raison ?

Frank : « Pour avoir un endroit où loger. La construction était censée s’échelonner sur plusieurs années et nous devions bien dormir quelque part. C’est dans cette cabane de jardin que, lentement mais sûrement, j’ai élaboré les plans de la maison, aidé en cela par Jeroen, un bon ami doublé d’un excellent architecte. Depuis que la maison est terminée, nous utilisons la cabane comme chambre d’appoint. »

D’où proviennent les matériaux de récupération ayant servi à construire la maison ?

Frank : « D’un peu partout. J’ai trouvé les fenêtres pour l’arrière de la maison à Gand. Quant aux rampes et aux garde-corps, ils proviennent de chez un ferrailleur. Les luminaires de la cuisine sont fabriqués au moyen de vieux tuyaux de poêle, tandis que la table n’est autre qu’une planche d’échafaudage. Les tuiles ont été récupérées sur un toit à ’s Gravenwezel. J’avais lu dans une annonce que des personnes souhaitaient se débarrasser de leurs ardoises naturelles d’Espagne. Après un examen attentif, je les ai récupérées car elles étaient en parfait état. »

Quelle pièce de la maison vous semble la mieux réussie ?

Frank : « Sans aucune hésitation : notre merveilleuse cuisine. Particulièrement à la tombée du jour, lorsque l’éclairage brille de mille feux. Avec l’aide d’Eveline, ma compagne, j’ai décoré les murs de la cuisine en assemblant des parties d’anciens buffets. Un véritable casse-tête car je ne souhaitais pas dépenser plus de 25 euros. Le résultat est étonnant. Ensuite, nous avons mis côte à côte toutes les petites armoires garnies de verre coloré afin de trouver la composition parfaite. Croyez-le ou non, ce n’est pas la plus belle armoire qui a été choisie. »

Avez-vous dû faire des compromis en achetant certains matériaux neufs ?

Frank : « Cela va de soi. Il est par exemple impensable de retirer le plâtre d’un mur pour en replâtrer un autre. La charpente, les briques, l’isolation, le plâtrage et le stabilisé ne sont pas des matériaux de récupération. À l’exception de la fenêtre coulissante, que nous avons récupérée, les fenêtres équipant l’arrière de la maison sont neuves. La façade arrière en verre se compose également de fenêtres neuves. Incroyable mais vrai : les quatre nouvelles fenêtres ont coûté pratiquement cinq fois plus cher que l’ensemble des fenêtres de la maison. »

À quelles technologies durables avez-vous eu recours ?

Frank : « Dans le jardin est installée une douche à deux pommeaux, en forme de coquille d’escargot. Cela me permet de prendre une bonne douche en plein air, même en hiver. Et, qui plus est, en utilisant l’eau de pluie. J’en prends une chaque jour jusqu’à ce qu’il gèle à pierre fendre. Malheureusement, il s’agit de la seule application durable de la maison. Pour l’instant, nos finances ne nous permettent pas d’installer des panneaux ou un boiler solaires. Plus tard peut-être. »

Frank Luminus Bonheiden

Vous utilisez des matériaux recyclés non seulement pour votre maison, mais également pour vos créations artistiques. Expliquez-nous.

Frank : « Eveline et moi utilisons de la peinture et du métal. Impossible de récupérer de la peinture. Je me vois mal retirer la peinture d’un tableau existant (rires). Certaines créations sont néanmoins réalisées dans un cadre en métal. Pour cela, j’ai notamment récupéré les fenêtres de mon ancienne école. Elles traînent dans mon atelier depuis dix ans et viennent bien à point aujourd’hui. Je démonte également de vieux compteurs de gaz et d’anciennes horloges pour en faire de minuscules guitares. Quelque part dans la maison, vous trouverez un petit bonhomme en métal tenant dans la main un violoncelle. Vous pouvez d’ailleurs retrouver mes créations sur Franklien.be. »

Quelle est la réaction des gens en découvrant votre maison ?

Frank : « Franchement, pratiquement personne ne remarque que la maison est composée de matériaux de récupération. Cet été, nous avons reçu la visite de cinq cents personnes, par ailleurs toutes « coronaproof ». Nous avions organisé une exposition de nos créations et, croyez-le ou pas, beaucoup sont revenues une seconde fois car elles n’avaient pas eu le temps de découvrir toutes les œuvres, tant elles étaient subjuguées par la maison. Afin d’égayer l’atmosphère dans l’une des pièces, j’ai transformé un vieux tuyau encombrant en une maisonnette pour souris en métal. Sans oublier ce pêcheur surplombant le vide, un poisson fluorescent pendant au bout de sa ligne. Dans l’ensemble, nous n’avons récolté que des réactions positives. »

Pour conclure : quel est votre conseil ultime en matière d’économie et de durabilité ?  

Frank : « Pour réaliser des économies sur votre budget de construction, deux conditions doivent être remplies. Premièrement, vous devez consacrer suffisamment de temps à chercher les matériaux adéquats. Deuxièmement, vous devez absolument vous impliquer à fond dans votre projet. Ce qui importe, ce ne sont pas vos compétences, mais votre détermination. Et surtout, ne jamais rien lâcher. »

Également intéressant pour vous