Créateurs de différence #28: Ray & Jules

Si cela ne tenait qu’à Ray & Jules, nous consommerions bientôt tous du café torréfié à l’énergie solaire. Pour la première fois depuis 1880, un torréfacteur à énergie solaire, mis au point par Ray & Jules, permet de torréfier les grains de café en respectant l’environnement. En tant que fervents défenseurs des énergies renouvelables (notamment des panneaux photovoltaïques), nous avons le plaisir de vous présenter cette start-up créée par deux jeunes entrepreneurs qui, dans leur domaine, font vraiment la différence.

Présentez-nous Ray & Jules. Comment l’aventure a-t-elle commencé ?  

Koen Bosmans, fondateur : « Il ne s’agit pas d’une banale histoire d’amour autour du café, mais d’un concept né du cerveau d’un ingénieur. Ray & Jules est une société sœur de CEE, notre entreprise d’ingénierie spécialisée dans l’efficacité énergétique. Concrètement, nous aidons de grandes entreprises industrielles (briqueteries, entreprises alimentaires, etc.) à optimiser les processus de production énergivores à concurrence de 10 à 15 pour cent. Pourquoi nous concentrer spécifiquement sur le café ? Parce qu’il s’agit d’un secteur qui génère énormément de CO2. À l’origine, nous n’étions pas du tout des spécialistes de la torréfaction du café (rires). En 2017, nous avons eu l’occasion de reprendre une usine de torréfaction artisanale. À partir de là, tout est allé très vite. L’idée d’un torréfacteur à énergie solaire s’est rapidement imposée comme une évidence. Il est opérationnel depuis l’année dernière. »  

Luminus Ray & Jules

D’où vous est venue l’idée du nom Ray & Jules ?  

Gert Linthout, network developer : « Ray comme dans « rayon de soleil » et Jules pour « joule », l’unité de mesure de l’énergie. Voilà pour l’explication technique. Mais Ray & Jules, c’est également un duo positif qui, avec l’aide des amateurs de café, rêve de transformer radicalement le secteur. Nous souhaitons que chacun se reconnaisse en Ray & Jules, afin que nous puissions construire ensemble un monde meilleur et durable. C’est pourquoi, dans un souci de personnalisation, chacun de nos cafés porte un nom qui en souligne le caractère spécifique. »

La torréfaction des grains de café est un processus ancestral. Concrètement, comment ça marche ?  

Lieze Bergé, torréfactrice : « La torréfaction consiste à griller les grains de café dans un appareil appelé torréfacteur (le processus s’apparente à un four à chaleur brassée). La torréfaction artisanale dure de 12 à 15 minutes à 200/230 degrés Celsius et permet de sublimer les arômes des grains. Quant à la torréfaction industrielle, elle est nettement plus rapide (5 à 6 minutes à 600 degrés). Résultat : des grains carbonisés, sans arôme ni saveur, si ce n’est un excès d’amertume. On peut comparer cela à un steak trop cuit, qui perd toute valeur gustative. »  

Verschilmakers Ray & Jules

Votre torréfacteur fonctionne exclusivement à l’énergie solaire. Quels sont les avantages de cette technologie ?

Koen : « Le principe du slow roasting consiste à torréfier les grains lentement et à faible température. Les grains traversent un certain nombre de « chambres » dans lesquelles l’air chaud circule à plusieurs reprises. Combinée à un système de récupération de chaleur, la torréfaction lente permet de préserver les arômes et les saveurs, pour un coût énergétique trois fois moindre. L’énergie dont nous avons besoin nous est fournie par le soleil. Vu que notre torréfacteur n’émet pas de CO2 et qu’il fonctionne intégralement « off-grid » (hors réseau), nous pouvons torréfier du café dans un tout petit village, voire dans la brousse. Cent pour cent des grains proviennent des zones intertropicales, où le soleil est beaucoup plus intense que dans nos régions. L’idéal serait que la torréfaction ait lieu dans le pays d’origine, afin de promouvoir le développement de l’économie locale et de créer une chaîne de commerce équitable. Aujourd’hui, seuls 10 % de la valeur marchande, soit quelque 200 milliards de dollars par an, sont restitués aux pays dont sont originaires les grains. C’est tout bonnement inadmissible ! »

La torréfaction lente confère-t-elle un goût différent à votre café ? 

Sarah Bergé, torréfactrice : « Parce que cela leur permet de torréfier à bas coût, les industriels sont parvenus à imposer une uniformisation des saveurs, ce qui occulte le fait qu’il existe plusieurs centaines de goûts et d’arômes différents. Saviez-vous que le café peut être, entre autres, fruité, épicé ou floral ? Notre technique consiste à torréfier lentement à basse température, ce qui assure un développement optimal des arômes et des goûts. Grâce au système de récupération de chaleur, les saveurs et les huiles essentielles restent en suspension dans l’air, ce qui amplifie les goûts et les arômes des grains. Au début, nous cherchions à reproduire les goûts de la torréfaction classique, alors que, grâce à notre méthode actuelle, nous obtenons une palette de saveurs et d’arômes unique. Selon les « baristas » qui nous suivent, notre méthode donne des résultats encore meilleurs que les processus artisanaux traditionnels. Un constat dont nous ne sommes pas peu fiers. » 

Verschilmakers Luminus Ray & Jules

Pourquoi les techniques durables telles que la vôtre sont-elles indispensables dans le contexte actuel ?

Koen : « Chaque année, quelque 10 millions de tonnes de grains de café sont consommées dans le monde. La torréfaction de ces grains génère annuellement 15 millions de tonnes de CO2. Par conséquent, s’il entend s’inscrire dans une démarche de développement durable respectueuse de l’environnement, le secteur du café n’est pas au bout de ses peines. »

Avez-vous recours à d’autres applications durables ? 

Koen : « Dans la chaîne de production (de l’arrivée dans les ports des grains non torréfiés au produit fini fumant dans votre tasse), 80 à 85 % des émissions de CO2 sont dues à la torréfaction. Notre torréfacteur à énergie solaire nous a permis de régler une grande partie du problème. Mais nous cherchons également des solutions en matière de transport et d’emballage. Nous privilégions autant que possible les moyens de transport électriques, ainsi que les emballages réutilisables. Du moins pour les entreprises. En ce qui concerne les particuliers, nous cherchons encore des solutions, même si nous sommes passés récemment aux emballages neutres en CO2. Quant à l’utilisation du marc de café, le problème n’est pas encore complètement résolu mais nous mettons tout en œuvre pour trouver des solutions. »

Quelle est votre plus grande ambition ? 

Gert : « Avec notre torréfacteur à énergie solaire, nous avons mis en place la dernière pièce du puzzle visant à promouvoir une industrie caféière neutre en CO2. Il ne reste plus qu’à assembler toutes les pièces du puzzle, ce qui est notre ambition à l’horizon 2050. Tant que nous n’aurons pas atteint cet objectif, nous ne serons pas satisfaits. D’ici à 2030, nous souhaitons mettre au point un scénario qui ait valeur de test mondial, à savoir servir les premières tasses de café n’ayant généré aucune émission de CO2. Pourquoi vendons-nous du café et pas la technologie que nous avons mise au point ? En fait, les deux opérations nous intéressent, sauf que nous proposons une solution à un problème prétendument « inexistant » ou, à tout le moins, non reconnu. L’industrie du café est extrêmement conservatrice. Le consommateur n’a pas la moindre idée des problèmes engendrés par la fabrication du breuvage contenu dans sa tasse. Nous voulons avant tout changer le comportement des consommateurs. Le reste suivra automatiquement. »  

Où peut-on se procurer vos produits ? 

Gert : « Actuellement, nos produits sont essentiellement présents dans les PME, où ils sont très appréciés des salariés. Quant aux particuliers, ils peuvent se les procurer via notre boutique en ligne. Le but à court terme est de trouver un certain nombre de détaillants soucieux de durabilité et prêts à intégrer notre café dans leur assortiment. Hélas, le coronavirus est entretemps passé par là et a mis un frein aux négociations en cours. »

Enfin, la question que nous posons à tous les Créateurs de différence : quel conseil radical donneriez-vous au citoyen lambda en matière d’économie et de durabilité ?

Gert : « En plus de Ray & Jules, mon épouse et moi-même possédons une autre entreprise. Il s’agit de Mic Mac Minuscule, une plateforme permettant de créer des listes de naissance à partir d’articles de seconde main très tendance. L’idée est née de la manie de mon épouse d’acheter des produits d’occasion de manière compulsive. Par conséquent, mon ultime conseil n’étonnera personne : évitez d’acheter du neuf ! Vous économiserez entre 50 et 75 %, tout en réduisant de 90 % votre empreinte écologique. »  

Êtes-vous ou connaissez-vous un vrai créateur de différence?

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