Créateurs de différence #22 : Ineke Van Nieuwenhove

Utiliser moins de plastique, c’est parfaitement possible. L’an dernier, Ineke Van Nieuwenhove tirait la sonnette d’alarme en lançant la campagne de sensibilisation « Mei Plasticvrij » (« Mai sans Plastique »). Cette année, elle a encore frappé un grand coup en co-fondant le concept du gobelet réutilisable « Billie Cup ». Championne de la lutte anti-gaspi tous azimuts,  Ineke Van Nieuwenhove est l’archétype même de la créatrice de différence. Découvrez ci-après l’entretien qu’elle nous a accordé.

Les gens vous connaissent comme co-fondatrice de la campagne de sensibilisation « Mai sans plastique ». Comment est née cette campagne ? 

Ineke Van Nieuwenhoven : « Voici deux ans, Anne Wislez postait sur Facebook une vidéo réalisée par la photographe sous-marine Caroline Power. Les images montraient des déchets plastiques (bouteilles, sacs, couverts…) flottant à perte de vue sur l’océan. Une vision dévastatrice ! Avec quelques amies, nous avons  décidé d’agir.

Dans un premier temps, nous avons envisagé une action modeste mais nous avons été rapidement dépassées par l’ampleur de la tâche (rires). Dans le bon sens du terme s’entend. Telle est l’origine de la campagne « Mai sans plastique », laquelle tombait à point nommé. L’opération « Jours Sans Viande » était annulée, tandis que le biologiste et réalisateur britannique David Attenborough mettait en garde contre le désastre écologique provoqué par les déchets plastiques. Le sujet devenait prégnant dans l’agenda politique. Les gens étaient fin prêts pour Mai sans plastique. »

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Quel était l’objectif de la campagne lancée en 2018 ? 

Ineke Van Nieuwenhoven : « « Mei Plasticvrij » est avant tout une campagne de sensibilisation visant à démontrer l’impact sur l’environnement de notre consommation de plastique. L’objectif est on ne peut plus simple : utiliser le moins de plastique possible pendant un mois. Parallèlement, le but de l’opération est de mettre les pouvoirs publics et les producteurs face à leurs responsabilités et de les forcer à agir. Nous ne pouvons que nous réjouir des changements constatés au cours des deux années écoulées. »

À l’instar des supermarchés qui bannissent les sacs en plastique ?

Ineke Van Nieuwenhoven : « Effectivement. Même si le mérite n’en revient pas exclusivement à « Mei Plasticvrij ». La campagne a permis aux gens de prendre conscience de l’impact des déchets plastiques. Elle propose en outre des solutions par le biais de conseils pratiques. Force est de constater que, désormais, les consommateurs réfléchissent à deux fois avant d’acheter des produits conditionnés dans des emballages en plastique ou de jeter tous leurs déchets à la poubelle. Récemment, une dame m’a raconté avoir regardé l’émission culinaire « Komen Eten » sur la chaîne néerlandophone VIER et avoir vu quelqu’un jeter des épluchures de légumes dans les déchets résiduels, plutôt que de les composter. Elle avait trouvé cette attitude tout bonnement consternante. »

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En 2019, vous avez franchi un cap supplémentaire en créant le concept « Billie Cup ». Expliquez-nous en quoi cela consiste précisément ?  

Ineke Van Nieuwenhoven : « C’est très simple : le Billie Cup est un gobelet réutilisable à emporter moyennant une caution d’un euro, laquelle est récupérable lorsque vous rapportez le gobelet. De surcroît, vous n’êtes pas obligés de ramener votre gobelet dans l’établissement où vous avez acheté votre consommation, mais dans l’un des nombreux commerces partenaires, même si celui-ci est situé dans une autre ville. Si vous navettez, vous pouvez, par exemple, acheter votre café à Anvers et rendre le gobelet à Bruxelles. »

Comment est née cette idée ? 

Ineke Van Nieuwenhoven : « Le système de caution était déjà d’application dans différentes manifestations (fêtes, festivals), mais pas dans la vie de tous les jours. Rien que dans notre pays, il se vend chaque jour plusieurs milliers de cafés à emporter dont le contenant atterrit dans une poubelle. Avec « Billie Cup », nous proposons une solution accessible à tous. Avant d’être recyclés, les gobelets « Billie Cup » peuvent être réutilisés jusqu’à mille fois. Malheureusement, alors que cela serait parfaitement faisable, la législation alimentaire ne nous autorise pas à les recycler en d’autres gobelets. La boucle n’est donc pas totalement bouclée mais j’espère que nous y parviendrons dans l’avenir.

En outre, l’histoire de « Billie Cup » induit une prise de conscience quant à l’importance de l’économie collaborative pour la sauvegarde de la planète. Et un gobelet réutilisable est parfaitement indiqué car tout le monde boit du café. Notre projet est donc loin d’être utopique. »

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Selon vous, pourquoi est-il si important de gérer les déchets et le plastique de manière rationnelle ?

Ineke Van Nieuwenhoven : « Trop, c’est trop ! Le Belge trie consciencieusement ses déchets, mais qu’advient-il ensuite ? Seule une infime partie des déchets est effectivement recyclée. Le reste est déversé dans des décharges ou simplement brûlé. Pendant ce temps, nous mangeons, buvons et respirons plastique, ce qui est plutôt nuisible pour notre santé. »

Avez-vous d’autres idées susceptibles d’inciter davantage de gens à s’investir dans le développement durable ?

Ineke Van Nieuwenhoven : « Les initiatives « Mei Plasticvrij » et « Billie Cup » occupent largement mes journées. À mes heures perdues, je rencontre régulièrement d’autres acteurs de la question environnementale. Je trace simplement ma route et j’avance pas à pas avec des centaines d’autres qui, chacun à leur manière, ont à cœur de rendre la planète plus viable. »

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En plus de vos activités professionnelles, vous êtes également maman. Comment parvenez-vous à impliquer vos enfants dans votre démarche ?

Ineke Van Nieuwenhoven : « Mes enfants vivent suivant mes règles, du moins à la maison. Vous ne trouverez ni plastique dans la salle de bain, ni boissons dans le réfrigérateur, ni bouteilles d’eau dans l’armoire à provisions. J’ai coutume de dire que je n’agis pas que pour moi, mais également pour eux et pour l’avenir de leurs propres enfants. Ma fille est complètement solidaire. Quant à mon fils, il lui arrive de ramener un soda. Qui plus est, j’ai récemment découvert avec indignation que, lors d’une soirée, ils avaient utilisé des gobelets jetables plutôt que réutilisables (rires). Je trouve important qu’ils fassent leurs propres choix. En dehors de la maison, ils font donc ce qu’ils veulent. »

Au-delà de votre combat contre le plastique, vous sentez-vous également concernée par les économies d’énergie ?

Ineke Van Nieuwenhoven : « Définitivement ! Éteindre la lumière en quittant une pièce, ne pas laisser tourner le chauffage en continu, débrancher les appareils non utilisés, ne pas prendre de douches trop longues, n’utiliser le lave-linge que lorsqu’il est plein, boire l’eau du robinet, se déplacer autant que possible à vélo… Je suis en outre une consommatrice responsable, même si cela n’est pas forcément profitable pour l’économie : j’achète uniquement ce dont j’ai effectivement besoin. »

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Pour conclure : quel est votre conseil ultime en matière d’économies ? 

Ineke Van Nieuwenhoven : « Consommez de manière responsable ! Avant d’acheter un produit, demandez-vous si vous en avez vraiment besoin. Consommez le moins possible d’aliments transformés. Mangez des fruits et des légumes frais : c’est bon pour la santé et pour l’environnement. Enfin : buvez l’eau du robinet. C’est beaucoup moins cher et cela évite de vous coltiner des bouteilles. Une situation gagnant-gagnant ! »

Êtes-vous ou connaissez-vous un vrai créateur de différence?

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