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Créateurs de différence #12 : Too Good To Go

Avec 345 kilos de nourriture jetés par an et par personne, le Belge fait partie du peloton de tête européen en matière de gaspillage alimentaire. Et c’est bien regrettable ! Selon l’entrepreneur social Jonas Mallisse, il était urgent de s’atteler au problème. Grâce à l’application Too Good To Go, il est parvenu à éviter que plus de 160 000 repas n’atterrissent dans la poubelle. Nous lui avons posé 11 questions.

Quelle est l’origine de l’application Too Good To Go ?

Jonas : «Le concept a été mis au point voici trois ans par cinq Danois, amis dans la vie. Pour ma part, je l’ai découvert pendant l’été 2017, lors d’un voyage en Inde. Un couple de Danois m’en a parlé avec un enthousiasme tel que j’ai été conquis d’emblée. J’ai immédiatement pris contact avec les créateurs de l’appli, mon objectif étant de la lancer chez nous. Tel fut le point de départ de l’aventure Too Good To Go en Belgique.»

Quel est votre principal moteur ?

Jonas : « En Inde, je faisais du bénévolat dans une communauté tzigane où le manque de nourritureétait récurrent. C’est dans ces circonstances que l’on prend conscience de la quantité de nourriture terminant dans la poubelle et de l’impact environnemental et économique du gaspillage alimentaire. Tandis que nous jetons chaque jour des tonnes de nourriture, les agriculteurs peinent à joindre les deux bouts à cause des hausses de prix incessantes. Pour la survie de la planète, il est urgent de prendre le problème à bras-le-corps.»

Comment fonctionne précisément l’appli Too Good To Go ?

Jonas : «Le principe est simple. Il suffit de télécharger gratuitement l’appli et de créer un profil, ce qui ne prend que quelques minutes. Vous pouvez dès lors rechercher des commerçants partenaires près de chez vous : boulangeries, boucheries, supermarchés, sandwicheries ou restaurants. Vous avez envie de pâtes ? Cherchez un restaurant italien. Vous préférez les sushis ? Trouvez sur-le-champ un restaurant japonais. Il ne vous reste plus qu’à réserver le nombre de portions que vous désirez. En fin de journée, vous pouvez récupérer votre commande composée des invendus du jour. N’oubliez pas de vous munir de vos propres récipients.»

Doit-on à chaque fois amener ses propres récipients ?

Jonas : « Les sacs en plastique sont nocifs pour l’environnement. C’est pourquoi nous demandons aux consommateurs d’apporter leur propre conditionnement. Nous souhaitons également dissuader les commerçants de distribuer des sacs en plastique. Mais je dois à la vérité de dire que, de temps en temps, il est impossible d’y échapper. C’est notamment le cas des salades préemballées ou en bols. Il serait absurde de les déconditionner pour les placer ensuite dans un autre récipient.»

Quel est le principal avantage pour le consommateur ?

Jonas : «Premièrement,vous achetez un excellent repas pour le tiers du prix normal. Ensuite, place à la découverte et à la surprise : vous ne connaissez jamais à l’avance le contenu de votre panier. Il est évident que, si vous commandez italien, vous n’allez pas manger japonais. Mais ce sera peut-être l’occasion de découvrir une nouvelle sorte de pâtes. Sympa, non ? De plus, vous découvrez de nouveaux commerces près de chez vous. J’habite depuis dix ans à Gand et, grâce à l’appli, j’ai découvert pas moins de sept nouveaux commerces dans un rayon de deux à trois kilomètres. Cerise sur le gâteau : en « sauvant » de la nourriture destinée à être jetée, vous faites un geste pour l’environnement.»

Combien d’utilisateurs compte l’appli à ce jour ?

Jonas : « Le compteur totalise actuellement 260 000 utilisateurs. Pas mal, n’est-ce-pas ? Quant aux partenaires, ils sont plus d’un millier.»

Le concept Too Good To Go est-il disponible partout en Belgique ?

Jonas : «Affirmatif, bien que nous n’ayons pas de partenaires dans toutes les communes. Les premières à avoir adhéré au projet sont les grandes villes et les agglomérations. Dans certains endroits, un seul commerçant participe à l’aventure, tandis que dans les grandes villes, ils sont plusieurs dizaines. L’objectif est de toucher également les petits villages, afin que nous puissions proposer une solution absolument partout où de la nourriture est gaspillée.»

Avez-vous une idée du nombre de repas que vous avez « sauvés » ?

Jonas : «Récemment, nous avons atteint le cap des160 000 repas, ce qui représente plus de 300 tonnes de CO2 non émises, soit l’équivalent des émissions produites par une voiture qui roulerait une année entière sans s’arrêter. Cependant, nous avons encore du pain sur la planche. 260 000 personnes ont téléchargé l’appli pour 160 000 repas « sauvés » : cela signifie qu’une bonne partie des utilisateurs potentiels n’ont pas encore eu recours à Too Good To Go

Comment vous en sortez-vous financièrement ?

Jonas : «Too Good To Go est une entreprise sociale, ce qui signifie que nous ne dépendons ni de subsides, ni de dons. Ce n’est d’ailleurs absolument pas ce que nous recherchons. Notre objectif est de créer un concept durable, un système qui soit viable sur la durée. Notre approche est professionnelle. Afin de pouvoir couvrir les frais (location du bureau, frais de transaction, frais administratifs, etc.), nous prélevons un montant fixe par repas « sauvé ». Actuellement, les bénéfices ne sont pas suffisants pour couvrir tous les frais. Chaque chose en son temps. Notre objectif est d’engranger suffisamment de profits dans les années à venir pour lancer l’appli dans d’autres pays. Il ne s’agit pas de se remplir les poches mais de lutter contre le gaspillage.»

Quel est votre objectif ultime ?

Jonas : «À terme, nous souhaitons que plus aucune nourriture n’atterrisse dans la poubelle. Mais nous sommes parfaitement conscients que ceci ne se fera pas du jour au lendemain. Pour l’heure, nous nous efforçons de sensibiliser les gens à la nécessité de lutter contre le gaspillage alimentaire dans les neuf pays où l’appli est mise en œuvre. L’appli est certes importante, mais ce qui l’est plus encore, c’est de faire prendre conscience aux gens de ce qu’ils achètent et de ce qu’ils jettent. La nourriture est précieuse, ce dont (encore) trop peu de gens ont conscience aujourd’hui.»

Quel conseil d’économie souhaiteriez-vous donner à nos lecteurs ?

Jonas : «Réfléchissez avant d’acheter. Les consommateurs se laissent encore trop souvent influencer par la publicité et les offres promotionnelles, de sorte qu’ils achètent de manière compulsive des articles dont ils n’ont pas besoin. Les restaurants proposant des buffets à volonté illustrent parfaitement notre propos. Les gens remplissent leur assiette à ras bord et ne la vident qu’à moitié, l’autre moitié terminant dans la poubelle. Qu’il s’agisse de nourriture ou d’autres produits, réfléchissez consciencieusement avant d’acheter ! »

Créateurs de différence Luminus


Vers www.luminus.be